Le sport après mon AVC : pourquoi je n’ai jamais voulu arrêter de bouger

Le Carnet de NellyM · Mon parcours

Le sport après mon AVC : pourquoi je n’ai jamais voulu arrêter de bouger

De mes quinze heures de sport par semaine à ma reconstruction après un AVC à 17 ans : comment la salle de sport, la danse et la kinésithérapie sont devenues essentielles à ma vie.

Avant mon AVC, quinze heures de sport par semaine

Avant mon AVC, je faisais quinze heures de sport par semaine. Hip-hop, patinage artistique, athlétisme, taekwondo, gymnastique… J’aimais bouger, tout simplement. Mon corps suivait mes envies sans que j’aie besoin d’y réfléchir.

Et puis, à 17 ans, tout s’est arrêté. Du jour au lendemain, je suis passée d’une adolescente qui courait, sautait et dansait à une jeune fille qui ne pouvait plus bouger tout son côté gauche. J’ai dû abandonner toutes mes activités sportives.

« Vous êtes au max. »

À l’hôpital, le simple fait que je sois encore en vie semblait déjà relever du miracle. Ma survie paraissait tellement improbable que l’on n’a même pas voulu tenter de rééducation. On m’a dit : « Vous êtes au max. »

Mais au maximum de quoi ? Je pouvais me déplacer, oui. De là à dire que je marchais vraiment, il y avait un monde.

Il était hors de question pour moi d’en rester là. J’avais 17 ans. J’avais toute la vie devant moi. Je ne savais pas ce que j’allais réussir à récupérer, mais je voulais au moins essayer. Alors, je me suis inscrite dans une salle de sport.

Première étape : retrouver une cadence

Mon premier objectif a été de marcher sur un tapis de course et de m’obliger à maintenir une cadence.

Avant, marcher ne me demandait aucune réflexion. Désormais, tenir un rythme régulier était déjà un véritable travail. Le tapis avançait, et je devais suivre. Il ne s’agissait pas de performance, mais de retrouver, pas après pas, une marche plus assurée.

Deuxième étape : réveiller mes muscles

Après la marche, j’ai voulu réveiller mes muscles. Depuis l’AVC, certains me semblaient comme morts : ils ne répondaient plus comme avant. Pourtant, ce sont aussi nos muscles qui nous soutiennent et nous permettent de rester debout.

Cette étape a été très longue. Je travaillais, je recommençais, j’essayais de solliciter ce corps que je ne reconnaissais plus tout à fait. Je ne savais pas jusqu’où je pourrais progresser. Mais je continuais.

Puis les danses latines ont réveillé autre chose

Et puis, je suis tombée dans les danses latines. La salsa, la bachata… Jusqu’alors, le mouvement était surtout devenu un travail : marcher, solliciter mes muscles, répéter. Avec la danse, quelque chose de différent s’est produit.

La musique, le rythme, la connexion avec un partenaire m’ont aidée à me relâcher. Une sensation si particulière que, des années plus tard, je peine encore à la décrire. Je ne cherchais plus seulement à faire fonctionner mon corps. Je retrouvais aussi le plaisir de bouger et de me laisser porter.

Devenir professeure de danse, sans demander de traitement de faveur

Cette découverte m’a donné envie d’aller plus loin. J’ai décidé de suivre une formation pour devenir professeure de danses latines.

À l’école de danse, je n’ai pas dit un mot de mon AVC. Je ne voulais pas de traitement de faveur. Je voulais apprendre, travailler et être évaluée comme les autres, sans que mon histoire médicale change la manière dont on me regardait.

Cette expérience a renforcé une conviction : quand on souhaite quelque chose, il faut aussi se donner les moyens de l’obtenir. Cela ne signifie pas que tout est possible à force de volonté, mais qu’on peut chercher des chemins, travailler, recommencer et se donner une chance.

Mon AVC est aussi devenu une force dans ma pédagogie

Je n’aurais jamais choisi de vivre un AVC à 17 ans. Pourtant, avec le recul, cette épreuve est devenue, et reste, une force pour moi.

Lorsque j’enseigne, je sais ce que cela signifie de ne pas réussir un mouvement qui paraît simple à quelqu’un d’autre. Je sais qu’il faut parfois décomposer un geste, l’expliquer autrement, essayer plusieurs approches. Je sais aussi que chacun avance à son rythme.

Cette expérience m’a appris à observer, à faire preuve de patience et à adapter ma pédagogie. Lorsque quelqu’un me dit qu’il n’est pas fait pour danser, je ne vois pas une incapacité : je cherche comment l’aider à trouver son chemin vers le mouvement.

Mon AVC a changé mon corps, mais il a aussi profondément enrichi ma façon de transmettre la danse.

Aujourd’hui encore, bouger est vital pour moi

On pourrait croire que tout cela appartient au passé. Ce serait mal comprendre ce que signifie vivre avec les séquelles d’un AVC.

Aujourd’hui, le sport, la kinésithérapie et la danse sont essentiels à mon équilibre. Ce ne sont pas de simples loisirs. Quand j’arrête, je sens mon corps perdre ses capacités, les raideurs revenir, les difficultés s’accentuer. J’ai l’impression que mon corps s’effondre.

Alors je continue à bouger et à entretenir, jour après jour, ce que j’ai travaillé si longtemps à retrouver.

Le stress aussi se ressent dans mon corps

Avec les années, j’ai compris que mon équilibre ne dépendait pas uniquement de mes muscles. Mes émotions ont un impact direct sur les raideurs de mon corps.

Le stress, les contrariétés, les périodes de tension : je ne les ressens pas seulement dans ma tête. Mon corps se raidit davantage et certains mouvements deviennent plus difficiles.

Prendre soin de mon sommeil, gérer mes émotions et préserver des moments de sérénité font donc partie intégrante de ma façon de vivre avec les séquelles de mon AVC. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel pour moi.

Le conseil que j’aimerais partager

Si j’avais un conseil à donner aux personnes ayant survécu à un AVC, ce serait d’essayer, autant que possible, d’adopter une vie saine et équilibrée : prendre soin de son alimentation et de son sommeil, apprendre à gérer ses émotions et faire une place au mouvement dans son quotidien.

Bien sûr, chaque AVC est différent. Les capacités, les séquelles et les besoins ne sont pas les mêmes pour tous. Le mouvement et la rééducation doivent être adaptés à chacun, avec les professionnels de santé qui l’accompagnent. Il ne s’agit ni de forcer, ni de se comparer.

Je partage simplement ce que mon parcours m’a appris. Le sport m’a aidée à travailler mes capacités. La kinésithérapie continue de m’accompagner. Et la danse m’a offert cette sensation de relâchement que je cherchais sans même le savoir.

À 17 ans, je refusais de m’arrêter parce que j’avais toute la vie devant moi. Aujourd’hui, je continue de bouger parce que j’ai toujours cette vie à vivre. Et j’ai bien l’intention d’en profiter.

NellyM

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut